Kévin Bondiguel, co-fondateur de Veggiepharm (c) VeggiePharm

Kévin Bondiguel (Veggiepharm) : “L’industrie pharmaceutique n’est pas assez inclusive”

70% des médicaments contiennent des produits d’origine animale. C’est en partant de ce constat que les équipes de Veggiepharm ont mis au point une offre pharmaceutique 100% cruelty free. Interview de Kévin Bondiguel, co-fondateur de Veggiepharm. 
Texte : Eloïse Romanne
Image : Kévin Bondiguel, co-fondateur de Veggiepharm (c) VeggiePharm
Publié le 25 mars 2022
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70% des médicaments contiennent des produits d’origine animale. C’est en partant de ce constat que les équipes de Veggiepharm ont mis au point une offre pharmaceutique 100% cruelty free. Interview de Kévin Bondiguel, co-fondateur de Veggiepharm. 

Vous êtes pharmacien de formation. Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Veggiepharm ? 

Kévin Bondiguel : Tout est parti… d’un article de presse. Je suis tombé sur une information qui expliquait que le gouvernement indien voulait interdire la présence de produits d’origine animale dans les médicaments, notamment la gélatine. La démarche était motivée par le respect des convictions hindoues, mais elle m’a permis de prendre conscience que l’industrie pharmaceutique ne prend pas suffisamment en compte le libre choix du patient. Il est tout à fait possible d’éviter l’utilisation de produits d’origine animale dans les médicaments ! 

Si c’est évitable, pourquoi l’industrie pharmaceutique continue-t-elle à utiliser des produits d’origine animale ? 

K. B. : Parce qu’ils sont très facilement accessibles, qu’il est “facile” de les utiliser et que c’est peu cher. Par ailleurs, les considérations sur le respect du bien-être animal ou le respect des convictions des individus sont totalement absentes des discussions du secteur. Les professionnels mettent en avant le fait que “la santé prime”, et qu’un médicament est avant tout là pour soigner. Ce n’est pas faux, mais ça n’est pas incompatible avec d’autres prérogatives, comme la considération des animaux. 

Qu’est-ce qui serait le plus compliqué, pour changer la donne ? 

K. B. : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le plus difficile, ce n’est pas toujours la recherche et le développement. En revanche, proposer des alternatives, quelles qu’elles soient, demande un gros investissement. Lancer un nouveau médicament, ce n’est pas comme ouvrir une boutique : il faut obtenir une licence, développer des méthodes analytiques, constituer un dossier d’analyse et de production, le déposer auprès des autorités… le tout en maîtrisant un jargon propre au secteur et en déployant beaucoup d’énergie pour se faire connaître et se faire une place dans les pharmacies. C’est aussi pour cela que nous nous lançons avec des produits dont les substances sont déjà répandues. Cela nous permet d’éviter de passer par des phases de test : nous n’avons qu’à décrire les procédés de fabrication.

Ces phases de test dont vous parlez sont souvent conduites sur les animaux. Peut-on s’en passer aujourd’hui pour démontrer l’efficacité d’une molécule ou d’un médicament ?

K. B. : C’est encore un élément qui rassure et qui est exigé par les autorités de santé aujourd’hui. Or, dans certains cas, il est tout à fait possible de remplacer les tests sur les animaux et d’éviter les souffrances animales en utilisant par exemple des cellules en laboratoire. Cela donne la même prédictibilité, la même efficacité. 

Comment expliquez-vous que les grands laboratoires ne s’intéressent pas à de telles options aujourd’hui ? 

K. B. : Je suis persuadé que cela finira par être le cas. Il n’y a qu’à voir ce qu’il se passe dans l’agro-alimentaire : de nombreux industriels qui ne sont pas vegan ont compris l’intérêt de développer des gammes végétales. Cela répond simplement à une sollicitation et à des besoins exprimés par une partie grandissante de la population. Ce n’est pas forcément altruiste : il y a un vrai marché, et les grands acteurs l l’ont compris et l’investisse. Mais c’est vrai que notre offre fait office d’anomalie aujourd’hui. Pourtant, les grands laboratoires ont une puissance marketing et d’études non-négligeable : je suis surpris que personne d’autre ne s’y intéresse. 

Pensez-vous que le gouvernement ait un rôle à jouer pour accélérer les choses ? 

K. B. : Complètement. Il faut soutenir les initiatives qui changent la donne. L’industrie par essence va se concentrer sur ce qui peut lui permettre d’augmenter sa rentabilité, ce qui n’est pas le cas sur ces sujets : seule une prise de conscience citoyenne accompagnée d’une volonté politique pourront accélérer la mise en avant de la question animale dans notre société

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